Socrate et le questionnement socratique

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Socrate et le questionnement socratique

Message  Point-d'interrogation le Lun 5 Juil - 17:02



Vers 435 av. JC., Socrate commença à enseigner, dans la rue, dans les gymnases, les stades, les échoppes, au gré des rencontres. Vivant pauvrement, n’exerçant aucun métier, il parcourait les rues d’Athènes vêtu plus que simplement et sans chaussures, dialoguant avec tous, en cherchant à les rendre plus sages par la reconnaissance de leur ignorance : "Je sais que je ne sais rien". Il enseignait, ou plus exactement questionnait, gratuitement. Sa manie du questionnement ne cessait du matin au soir, car il était "attaché aux Athéniens par la volonté des dieux pour les stimuler comme un taon stimulerait un cheval".
Socrate croyait en la supériorité de la discussion sur l'écriture; il n’a laissé rien d’écrit. Ce que nous connaissons de lui nous est enseigné par ces disciples ou par des témoins de son époque.


"Connais-toi toi-même"

Empruntée à l'inscription gravée au fronton du temple d'Apollon à Delphes, on peut douter que la devise invite à s'observer, se connaître soi-même en tant que particulier; il s'agit bien plutôt de s'observer en tant qu'être pensant, en s’élevant au-dessus de ses sentiments particuliers et de ses opinions qui ne sont toujours qu’une illusion de données ; cette connaissance-conscience ou conscientiel est d’ailleurs la seule qui soit à notre portée. Il reste à connaître ou observer l’homme, mais cette science de l’homme moral est d’une infinie complexité, sa recherche ne semble pas pouvoir prendre fin.
L’ignorance ou l'aveuglement de soi-même fait l’homme dépendant et esclave de ses opinions ou données. En revanche, la connaissance ou l'observation de notre nature, de ce que nous sommes, nous rend libres et capables de nous suffire à nous-mêmes. C’est là proprement que se constitue l’idée d’une science morale dont l'observation nous rend heureux.


Les trois tamis (attribué à Socrate)

Un jour quelqu'un vient voir Socrate et lui dit :
- Écoute Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.
- Arrête ! interrompit l’homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?
- Trois tamis ? dit l’autre, rempli d'étonnement.
- Oui mon bon ami: trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me raconter est vrai ?
- Non je l’ai entendu raconter et...
- Bien bien. Mais assurément, tu l’as fait passer à travers le deuxième tamis. C’est celui de la bonté. Est-ce que ce que tu veux me raconter, si ce n'est pas tout à fait vrai, est au moins quelque chose de bon ?
Hésitant, l’autre répondit :
- Non, ce n'est pas quelque chose de bon, au contraire...
- Hum, dit le sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as envie de me dire...
- Utile ? Pas précisément...
- Eh bien ! dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l’oublier...


Dialogue, dialectique et maïeutique

Le dialogue (la dialectique) ou la communication qui est rendu nécessaire par l’objet même de l'observation, c’est l’homme. Il s’agit d’une part d'observer sur quels sujets les hommes sont en accord et certains ; et d’autre part d’instruire les autres sur ce dont on a la certitude ou la connaissance/observation. Chaque interlocuteur possède en outre en lui-même le critère qui permet à un dialogue de se dérouler fructueusement, puisque chacun porte en soi la nature humaine que l’on cherche à observer. Pourtant, un des premiers résultats de la recherche socratique est que les hommes ignorent ou n'observent pas souvent ce qu’ils sont ni ce qu’ils font : Charmide est un adolescent réservé, mais il ignore ce qu’est la réserve ; Lachès et Nicias sont courageux, mais ils ignorent le courage. Par là, un résultat au moins est atteint : les interlocuteurs de Socrate apprennent à s’observer (se connaître) eux-mêmes en tant qu'aveugles ou ignorants. Ils se défont de leurs données illusoires sur eux-mêmes et sont forcés de regarder en eux.
La dialectique n’est donc pas simplement un moyen de la science, moyen qui s’appliquerait à son objet de l’extérieur, mais elle est essentiellement une partie de la sagesse. Pour Socrate, il faut donc toujours examiner les choses en commun ; pas de conscience de l’homme sans cela.

Le terme "maïeutique" vient du grec maieutikè : art de faire accoucher. Socrate, fils de Phénarète sage-femme, souhaite, comme sa mère faisait accoucher les femmes, faire accoucher les esprits des pensées qu'ils contenaient déjà, sans le savoir ou en être conscients.
L’idée d’une maïeutique est déjà présente dans l’idée de la dialectique abordée dans la section précédente. En effet, la stupeur que provoque Socrate tient essentiellement au fait que ses interlocuteurs sont mis face à leurs propres contradictions ; ces contradictions qui naissent de ce regard tourné soudainement sur soi-même engendrent des troubles de l’âme dont elle a besoin de se délivrer.


L’ironie

Socrate traite avec ironie les fondements de la philosophie. Sa philosophie va contre l’opinion, en grec doxa. S’étonner d’un discours implique un dégagement, une réflexion critique. Celui qui s’adonne à l’étonnement contredit l’opinion et la met à distance. En fait, la philosophie veut penser contre l’opinion commune et c’est pour cette raison qu’elle est un paradoxe (para - doxa). La philosophie est l’école du doute. Socrate est le symbole de la pensée libre et critique car selon lui la tâche du philosophe est de douter et faire douter. On cherche à remettre en cause les idées reçues. Socrate pratique l’ironie. C’est une méthode qui consiste à interroger en feignant l’ignorance. Il l’emploie pour placer ses interlocuteurs face à leurs contradictions. Il faut réussir à leur faire comprendre la formule “je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien”. Socrate est conscient de son ignorance et se moque de la naïveté des personnes qui croient savoir alors qu’elles ne savent pas. En clair, l’ironie sert à faire prendre conscience qu'on est ignorant. Il parvient à démontrer à ceux qui croient savoir, qu'ils ne savent rien et à ceux qui se croient ignorants qu’ils ont des ressources en eux pour atteindre la connaissance.

Pour Kierkegaard, l’ironie socratique amène à l’expérience du non-savoir comme exigence d’une vérité qu’aucune doctrine ne saurait combler.


Questionnement socratique

Le questionnement socratique a pour but de faire venir à l’observation les idées de ses interlocuteurs, pour en examiner ensuite la cohérence : s’agit-il d’une chimère ou de quelque chose de viable ou d’utile ?
Poser des questions est une bonne méthode pour amener les gens à réfléchir sur un sujet. Quand on vous pose une bonne question, cela vous permet de synthétiser votre pensée, d'évaluer les idées existantes et d'en créer d'autres.
Le questionnement socratique exige d'écouter très attentivement l'interlocuteur pour vous permettre de formuler une question constructive qui permette de communiquer avec lui, mais aussi avec vous-même, sans malentendu.
Bien sûr, plus ces questions seront examinées avant de poster, plus la discussion qui s’ensuivra sera intéressante et sereine.
Quelques exemples…

Questions de clarification
Qu'entendez vous par … ?
Quelle est votre difficulté principale ?
Quel est le lien entre … et … ?
Vous est-il possible de reformuler ?
Je ne suis pas sûr de bien vous comprendre ; voulez-vous dire que … ou bien que … ?
De quelle manière est-ce en relation avec notre problème/discussion ?
Jeanne, pouvez-vous résumer avec vos propres termes ce qui Pierre a dit ? ... Pierre, est-ce ce que vous avez voulu dire ?
Pourriez-vous me donner un exemple ?
Est-ce que ceci conviendrait comme exemple : _____ ?
Questions sur les hypothèses
Que supposez-vous ?
Que suppose Jeanne ?
Quelle supposition pourrions-nous faire à la place ?
Il semble que vous supposez que … . Est-ce que je vous comprends correctement ?
Tout votre raisonnement dépend de l'idée que … . Pourquoi avez-vous basé votre raisonnement sur … plutôt que sur … ?
Il semble que vous supposez que …. Qu'est-ce qui vous fait penser que c'est vrai ?
Est-ce toujours le cas ? Pourquoi considérer cette supposition comme une évidence ?
Pourquoi pourrait-on faire une telle supposition ?

Questions sur les raisons et les preuves
Pouvez-vous nous expliquer vos raisons ?
Comment ceci s'applique à notre cas ?
Y a-t-il une raison de douter de cet argument ?
Qui pourrait savoir si cela est vrai ?
Que pourriez-vous répondre à une personne qui dit que … ?
Quelqu'un d'autre peut-il donner un argument qui conforte cette opinion ?
Par quel raisonnement êtes-vous arriver à cette conclusion ?
Comment pourriez-vous découvrir si cela est vrai ?

Questions sur les opinions ou les points de vue
Qu'en concluez-vous ?
Quand vous dites …, en concluez-vous que … ?
Si cela se passait, quelles en seraient les conséquences ? Pourquoi ?
Quel effet cela pourrait-il avoir ?
Est-ce que ceci surviendrait nécessairement ou seulement probablement/peut-être ?
Y a-t-il une alternative ?
Si … et … sont avérés, qu'est-ce qui pourrait aussi être vrai ?
Si l'on dit que … est éthique, qu'en est-il de … ?

Questions sur les implications et des conséquences
Comment peut-on découvrir que … ?
Dans cette question, quelle supposition fait-on ?
Est-ce qu’une autre personne poserait cette question différemment ?
Comment pourrait-on améliorer cette question ?
Pouvons-nous entièrement décomposer cette question ?
Cette question est-elle claire ? Est-ce que nous la comprenons ?
Est-il facile ou difficile de répondre à cette question ? Pourquoi ?
Sommes-nous tous d'accord que c'est là la question ?
Avant de répondre à cette question, à quelles autres questions devrions-nous répondre d'abord ?
Comment … exposerait ce sujet ?
Pourquoi ce sujet est-il important ?
Est-ce la question la plus importante, ou y a-t-il une question sous-jacente ?
Pouvez-vous voir en quoi cela pourrait être lié à … ?




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